Anker et l'enfance

Une exposition à la Fondation Gianadda retrace le voyage du peintre dans le monde des enfants, à la recherche d'une societé idéale

Le regard est le miroir de l’âme et Albert Anker choisit le réalisme des portraits pour représenter les nuances des sentiments humains. Au centre de sa recherche artistique, il y a une saison de la vie : l’enfance. L’âge de l’innocence lui inspire ses meilleurs tableaux; un microcosme juvénile peint en huile sur toile.

Sur les 800 œuvres réalisées de 1848 à 1902, plus de 500 représentent des enfants. Le peintre s’approche des théories de Jean-Jacques Rousseau et il est fasciné par le mythe de l’homme “bon par nature”. Dans ses toiles, l’entente générationnelle est parfaite : les petits aident leurs parents à la maison et aux champs.

Pieuse, pleine de joie, dévouée à la famille. La jeunesse peinte par Anker est éloignée des conflits. Les générations se succèdent en harmonie, malgré les bouleversements de l’Histoire. Le domaine de l’art apparait au peintre comme un vrai paradis perdu: la paix de la campagne encadre une vie idyllique.

Les thèmes sociaux sont aussi bien représentés. En 1874, la Fédération suisse rend l’école obligatoire et laïque. Et voici les écoliers d'Anker: zélés et penchés sur leurs devoirs. Dans cette société idéalisée, la confiance dans l’avenir est absolue. Une vision influencée par la formation religieuse de l’artiste bernois.

Anker est l’un des premiers peintres à prendre conscience de la diversité psychologique des enfants. Dans La toile “Le nouveau-né”, les personnages ne cachent pas leurs émotions : la méfiance du frère ainé, la tendresse de la jeune fille, la curiosité des frérots. C’est une authenticité qu’on ne voit pas chez les adultes.

Pour exorciser le départ de son fils Rudolf – emporté par une maladie à l'âge de deux ans – Anker utilise à nouveau les outils de l’art. Cette fois, il choisit de montrer la douleur dans toute sa cruauté : face à la mort d’un enfant, l’artiste ne cède plus à l’idéalisation. Seulement l’innocence des visages demeure intacte.

L'interview à Antoinette De Wolff, guide-conférencière à la Fondation Pierre Gianadda